L’Usage du monde – Nicolas Bouvier

Je n’ai jamais pris le temps de vous parler de Bouvier.

C’est bizarre. J’ai consacré presque une année de ma vie à résoudre le mystère de son écriture. Il a été une de mes lectures mythiques de préparation à mon  propre voyage en 2011 sur la suggestion d’une amie (elle-même en voyage au bout du monde actuellement).

La bande sonore de cette époque c’est Barbara, sa chanson « Les voyages » et son air réconfortant sans être maternel qui vous dit : n’ayez pas peur, partez (« ah jeunes gens, sachez profiter de vos 20 ans, le monde est là, ne craignez rien il n’est pas méchant, il vous guidera »).

La lecture de L’Usage du monde a été un solide mystère pour moi : comment un homme pouvait disposer d’une intelligence si pénétrante et solaire qui lui permette de vivre avec une acuité folle son voyage et d’en ressentir toutes les sollicitations, tous les spectacles tout en faisant preuve d’une distance sur sa propre expérience qui lui permettait, elle, de comprendre l’ampleur de ce qu’il vivait et les mécanismes culturels dans lesquels il était pris ? Décrypter et ressentir tout dans un même temps, dans le même flot d’écriture.

Alors moi, inquiète : au mon dieu, pourrais-je jamais en saisir autant que lui, il faudra que je me concentre, que je vive chaque secondes pour tenter d’approcher une acuité et réussir  mon voyage. En être digne.

Seulement L’Usage du monde est un mensonge. Magie de l’écriture, d’une vraie écriture, l’auteur est parvenu à faire vivre dans les pages son voyage en entier : du désir de voyage, où la graine commence à germer, aux instants sur les routes avec son compagnon Thierry Vernet, en allant au-delà de cette période, lorsque le voyage se décante et qu’on continue d’apprendre de lui.
Nicolas Bouvier écrit et inscrit dans le flux des paroles ces trois stades, ces trois dimensions là sans que rien n’y paraisse en surface, juste cette impression d’intelligence incroyable.

Le récit est plaisant, rythmé selon l’importance de tel ou tel évènement ou de telle rencontre. Il est souvent plein d’un soleil écrasant et d’âpreté parce que les pays traversés n’attendent aucun voyageur et sont rudes même pour leurs habitants. Nombre d’endroits ne sont pas beaux. Le récit ne ment pas, il restitue le voyage avec assez d’éléments pour que le lecteur puisse en faire sa propre cuisine, se l’approprier et le faire revivre en le lisant. Et le narrateur (chose si rare aujourd’hui) lui laisse de la place. Voilà l’autre mystère de L’Usage du monde : raconter une histoire en disparaissant, sans se montrer en tant que conteur, comme si on était seulement qu’une voix.

Bref, de la vraie littérature.
De l’art.
Du steak.

l'usage

[autre livre, autre article : Le Voyage de Baudoin. Une bd centrée sur le désir de partir, l’impulsion première, les choses qui doivent être faites]

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