Au Pérou : le Proyecto Futura, la Bibliomoto ou la lecture partout et pour tous

Avez-vous déjà entendu parler de la Bibliomoto ? Non ? Alors on va y remédier parce que c’est une super initiative.

Échanges de bons procédés : l’initiateur de ce projet (Heber Ocaña) m’a contactée pour partager ses photos de bibli personnelles mais ici on parlera uniquement de son initiative pour l’accès à la lecture dans les zones les plus reculées du Pérou. Bienvenus au coeur du Proyecto Futura !… à la découverte de la lecture et de la Bibliomoto, à la découverte d’une personne au grand cœur, que je ne connais pas mais que j’admire.

Partant du constat que dans les endroits reculés du Pérou, il n’était pas évident pour tout le monde d’avoir accès aux livres, Heber Ocaña a décidé d’amener les livres à ces populations.

Pour les chanceux qui parlent espagnol, je mets en fin d’article un documentaire qui détaille un peu plus le pourquoi du comment du Proyecto Futura et de la Bibliomoto.
Il se peut que la vidéo ne fonctionne pas chez tout le monde depuis WordPress mais je vous encourage à cliquer sur le lien pour le regarder directement sur rtve.es (et si je pouvais je le soulignerais 3 fois !) qui a diffusé ce documentaire.

La suite de cet article, détaille ce en quoi consiste cette initiative. Il s’agit essentiellement de traduction de documents que Heber Ocaña m’a envoyés ainsi que de certaines explications ponctuelles qu’il a apportées.
Tout ceci est traduit de l’espagnol (Pérou) et je ne suis pas professionnelle alors il se peut que ce soit parfois un peu maladroit donc un peu d’indulgence, por favor…

Origines de la biblioteca obraje
[Obraje : désigne le travail que l’on imposait autrefois aux péruviens « indiens ». Par extension, appeler une bibliothèque biblioteca obraje désigne le type de public qu’elle vise.]

En 1999, les époux Heber Ocaña et Regina Mariñeros se lancent dans une tâche colossale et très particulière entre voisins, dans leur quartier. Ils ouvrent le centre social Santo Domingo, situé dans le district et la province côtière de Huarmey – dans la région Ancash – au Pérou. Ce couple crée une bibliothèque chez eux, avec les livres que Heber a acheté à l’époque où il allait à l’université, dans la capitale péruvienne.

Heber Ocaña, encouragé par l’exode massif des Péruviens vers les pays européens, va en Espagne en juin 2003 afin d’améliorer les conditions de vie de sa famille, laissant à sa province natale, Huarmey, sa femme et ses deux garçons de 3 et 11 ans.

Il ne restait plus que Regina pour continuer à développer ce projet de bibliothèque qui s’appelait alors : Biblioteca Comunal Obraje. Depuis l’Espagne, Heber alimentait continuellement le fond bibliographique de la bibliothèque. Mais Regina avait du mal à tout allier et, parce que s’occuper de ses enfants demandait déjà du temps, la bibliothèque a dû fermer au milieu de l’année 2004.

La pause a ainsi duré quatre longues années, jusqu’à début 2008. Lors de l’une de ses visites au Pérou, Heber ainsi que sa femme décident de réouvrir la bibliothèque et de relancer ses activités. Pour cela, ils ont dû chercher des alliés qu’ils ont trouvés du côté de la sphère éducative du quartier du collège Santa Rosa de Lima. Ils ont alors reçu le soutien des professeurs, qui devaient alors encourager les jeunes à aller à la bibliothèque, mais aussi de l’institution étatique Promolibro qui a pour sa part envoyé 80 livres de contes pour enfants. C’est grâce à cette mobilisation que la biblioteca comunal obraje a réouvert ses portes.

Le Proyecto Futura

Pendant les sept années qu’il a passées à Madrid, Heber Ocaña a pu réaffirmer sa vocation pour la promotion de la lecture et en est sorti convaincu de l’importance de la lecture dans le développement des villages, d’où son idée qui, chaque jour, mûrissait un peu plus à la recherche de nouvelles formes de gestion afin d’améliorer le projet qu’il avait laissé dans son village et qui avait dû être abandonné pour des raisons indépendantes de sa volonté.

Chaque voyage de l’Espagne vers son pays, Heber Ocaña le faisait la valise chargée de livres qu’il achetait dans diverses librairies et foires aux livres qui avaient lieu à Madrid. Et la plupart du temps, les livres qu’il récupérait dans les poubelles étaient principalement des livres de cours de différentes matières de l’Education Secondaire Obligatoire (ESO).

Son travail de jardinier pendant ces trois dernières années à Madrid, pour la municipalité de Torrejon de Ardoz, lui a permis d’entrer en contact avec les différents centres culturels existant dans ce quartier et d’envisager un unité mobile qui amènerait les livres jusque dans les lieux les plus éloignés de la ville.

Heber Ocaña voyait qu’à Madrid on trouvait des bibliobus et, pendant qu’il nettoyait les parcs, il rêvait d’en avoir un identique mais avec le moyen de transport le plus populaire de son pays : un mototaxi auquel il donnerait le nom de Bibliomoto.

Parallèlement à ses rêves, il cherchait un nom à l’ensemble de ce projet et s’est décidé pour Proyecto Futura, dont l’idée lui est venue en écoutant le groupe de rock espagnol des années 1980 : Radio Futura.

La Bibliomoto

La mototaxi est un véhicule motorisé très populaire au Pérou. Elle roule sur trois roues et peut transporter trois passagers en plus du conducteur. C’est un véhicule de transport urbain que l’on trouve dans presque toutes les provinces et villes du Pérou.

Bibliomoto : trois roues pour inciter à la lecture dans les zones les plus reculées du Pérou.

Bibliomoto : trois roues pour inciter à la lecture dans les zones les plus reculées du Pérou.

En 2006, alors que Heber habite toujours à Madrid, Heber et Regina décident d’acheter une mototaxi pour minimiser les dépenses liées aux déplacements.
Lorsqu’il retourne définitivement au Pérou, en octobre 2009, Heber décide de mettre en marche tout ce qu’il a planifié et met à exécution son ingénieuse idée qu’il mûrit depuis Madrid : amener les livres dans les lieux reculés de son quartier et changer le nom de sa mototaxi pour Bibliomoto pour y mettre des livres et réaliser des activités pour encourager la population à lire.

La Bibliomoto et son petit public

La Bibliomoto et son petit public

La Bibliomoto à la conquête des déserts culturels. Des laissé pour compte, elle en veut pas !!!

La Bibliomoto à la conquête des déserts culturels : des laissé pour compte, elle en veut pas !!!

Les prestations de la Bibliomoto sont entièrement gratuites et les frais occasionnés par les déplacements, tels que l’essence et autres, est aux frais de la famille Ocaña Mariños. Les enfants et les jeunes des zones reculées sont le principal public de ce projet.

En fait, la Bibliomoto du Proyecto Futura est un service additionnel de la Biblioteca para el Desarrollo Obraje (BPDO) [Bibliothèque pour le développement des populations indigènes] (http://bibliotecaobraje.blogspot.com) dont les activités sont en relation avec ladite bibliothèque qui s’appelait antérieurement Biblioteca Comunal Obraje.

La bibliothèque.

La bibliothèque.

Lecture à la bibliothèque.

Lecture à la bibliothèque.

La BPDO du Proyecto Futura est ouverte les mercredi et vendredi dans un local du centre social Santo Domingo. Et depuis octobre 2011 la BPDO occupe un nouveau Centre d’Animation pour la Lecture que la famille Ocaña Mariños a ouvert, au centre culturel La Victoria, et où les activités de lecture ont lieu les samedi et dimanche.

Regina et Heber sont allés avec leur bibliothèque jusque dans des lieux comme Congon, une petite ville de la vallée de Huarmey, située à dix kilomètres de la ville, ou encore à Puerto Huarmey, dans les locaux du centre social du 9 Octobre, à La Victoria… autant de lieux éloignés du centre de la ville.

La Bibliomoto fait son petit bonhomme de chemin.

La Bibliomoto fait son petit bonhomme de chemin.

Les activités qui sont mises en place avec la Bibliomoto ont lieu une fois par mois, pour ne pas ancrer cette habitude et la considérer comme un dû sur le long terme, étant donné que le projet est à l’initiative d’une famille qui aspire à améliorer les habitudes de lecture et la compréhension des textes lus par les Péruviens. En effet, d’après le rapport PISA (rapport du Programme International pour l’Evaluation des Etudiants) le Pérou se trouve au niveau le plus bas du classement latino-américain en compréhension de textes, d’où le don désintéressé de cette famille.

Une initiative qui donne même la parole aux enfants et adolescents.

Une initiative qui donne même la parole aux enfants et adolescents.

La Bibliomoto est une idée originale de Heber Ocaña qui trouve échos et qui est louée sur diverses pages web et elle bénéficie de la reconnaissance de l’institution d’État qui se charge de la promotion de la lecture au Pérou, à savoir Promolibro, dont ils disent :
« la Bibliomoto. Une moto porteuse de livres. Cette création de nos amis n’attend pas les lecteurs mais va à leur rencontre. Grâce à elle –d’après ce que nous dit Heber–, ils apportent la lecture aux communautés les plus reculées de ce district, tout en stimulant l’installation de nouvelles bibliothèques communales ».

De son côté, la page web Voces globales (Voix globales), dans sa version en espagnol, dans sa publication sur les « Bibliothèques mobiles du monde », dit :
« Au Pérou, la bibliothèque mobile a évolué en bibliothèque à moto. Une partie du Proyecto Futura, la Biblioteca Comunitaria Obraje, porte elle aussi des livres aux enfants des autres communes en tant qu’activités culturelles et littéraires qu’ils organisent ».

La Bibliomoto de Heber Ocaña - Le savoir va en mototaxi.

La Bibliomoto de Heber Ocaña – Le savoir va en mototaxi.

A travers ces ateliers de lectures, les jeunes se familiarisent ainsi progressivement à la lecture et ont également un rôle de « sensibilisateurs » auprès de leurs ainés. En effet, certains ateliers consistent à aller de porte en porte et de proposer aux adultes que leur lire des petits contes, en quelques minutes, pour qu’eux aussi aient accès aux textes et aux plaisirs de la lecture par le biais des enfants du quartier.

Une bien belle initiative dont nous inspirer… Donner son temps, donner de soi, pour la communauté et apporter sa pierre à l’édifice, pour faire la différence, à son niveau.

Muchas gracias Heber, personas como tú hacen la diferencia.
Merci beaucoup Heber, ce sont les personnes comme toi qui font la différence.

 

 
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