« hymne » tiré de : Les Années 70 – Premiers écrits, Patti Smith (éditions Tristram, collection souple)

Patti-Smith

« nous n’avions pas mangé depuis deux jours, nous étions complètement ivres. pour moi c’était sa présence, l’alcool et le feu de la communication. je ne pouvais supporter de me remplir d’autre chose que de liquides quand il était près de moi. aucun de nous deux ne pouvait manger. j’avais une agréable dose de haschich que je faisais descendre avec du calvados. j’ai regardé sa main saisir le cou mince de la bouteille.

le hasch faisait son effet et je ne pouvais fonctionner. il m’a conduite à la porte et m’a emmené à la gare. j’ai essayé de vomir mais je n’avais rien dans l’estomac sinon quelques crackers. nous n’avons fait aucun projet de nous retrouver. le bus a démarré et des nonnes ont longé la vitre. je me suis perdue dans le rebord de leurs robes – un rond parfait de points de manchons. je n’ai pas eu l’occasion de le regarder lui pour la dernière fois. j’étais une bombe humaine, un foret lubrifié en pleine expansion. le bus entrait dans un trou noir. je n’ai pas résisté. j’ai vu son visage et me suis détendue et suis partie. je n’étais pus là. quand le bus est arrivé le chauffeur est venu me prendre. la voiture avançait lentement et férocement dans le brouillard dense. épais et houleux comme le souffle d’une bête. je sentais une odeur de jasmin. le monastère était devant là-haut. le silence et la beauté de la tombe du charme. je ne pouvais parler, j’étais paralysée. dans les toilettes j’ai vomi dans une corbeille. je l’ai rincée et j’ai surpris mon reflet dans le miroir. c’était lui et rien que lui gravé et trempé dans les muscles de la reconnaissance. je me suis appuyée contre le rebord de la fenêtre et j’ai regardé les cercles pensifs des novices en dessous. des moines fragiles aux cous lisses et frais comme la peau d’un magnum. des bulles roses dérivaient de la bouche du plus jeune, étendu visage contre le rocher. les autres continuaient à tourner dévots et brûlants et perlant un long trait de sons et de verbes qui se transposaient aisément en un chant d’amour mutuel.  »

page 146-147

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