Avant les hommes, Garçon manqué – Nina Bouraoui

Avant les hommes (2007) et Garçon manqué (2000), deux livres d’une même auteure confrontés par le hasard des tables de libraires et des bacs de bouquinistes mais avant tout par des questionnements communs. Pour Nina Bouraoui « on n’est pas un homme ou une femme quand on écrit » et c’est sans doute cette indétermination qui lui permet de s’immerger pleinement dans ces questions d’identité, d’identité sexuelle, d’identification et de définition de soi.

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« Romans boite crânienne »

Avant les hommes est un défi d’écrivain : se mettre dans la peau et dans l’esprit d’un homme qui ressent du désir envers le masculin. Une expérience que seule l’écriture ou l’art, plus généralement, peut permettre. « J’ai envie d’un homme parce que j’ai envie d’une autre vie que la mienne, j’ai envie que l’on me raconte une histoire, j’ai envie de savoir comment cela se passe ailleurs, dans les autres cerveaux, j’ai envie que l’on me change la tête. » Ces mots du narrateur et personnage principal pourraient être aussi ceux de l’auteure ou ceux du lecteur. Pour cette raison certains commentateurs de l’œuvre de Nina Bouraoui relient son travail à l’autofiction, mais selon ses propres mots ses romans de La voyeuse interdite (1991) à Sauvage (2011), trouveraient davantage une définition dans l’expression de « romans boite crânienne ».

Et c’est à ce même cycle d’écriture qu’appartient Garçon manqué. Plus directement autobiographique, c’est la voix de Nina qui s’y fait entendre dans toute sa multiplicité, au milieu de celles de Brio ou d’Ahmed ses avatars masculins, ou à côté de celle d’Amine, jeune homme bien réel et réelle polarité dans la cartographie mentale de Yasmina (nom de baptême de Nina). La France et l’Algérie, les familles françaises et algériennes jouent d’une autre façon encore ce rôle de points d’ancrage éloignés et parfois incompatibles entre lesquels Nina se trouverait, autour desquels elles gravitent.

Dans chacun des deux romans il est question d’attirance, d’attraction, comme celles qui mettent en mouvement les planètes, plus que d’un amour au sens commun du terme. Les personnages sont maintenus au seuil de l’amour déclaré et consommé, dans une zone bâtarde où l’amour est non moins intense et non moins réellement éprouvé pour autant. En découle naturellement, une tension dramatique bien particulière.

Saisir le flot des mots tus

Le style fait entendre le flux de pensées qui irrigue ces boites crâniennes. Une prouesse d’écriture puisque la langue de notre mens n’est pas une langue écrite, ni complètement non plus, une langue orale. Il faut pourtant la coucher sur le papier, sans la pétrifier ce faisant, afin de lui permettre de traverser les esprits des lecteurs. C’est ce que l’auteure parvient à faire avec subtilité et maîtrise en semant sur son passage quelques graines de réflexion tenaces : le désir féminin à l’égard d’un homme est-il si différent du désir masculin homosexuel ? La masse de nos amours non consommés ne compte-t-elle pas autant que les autres dans notre mythologie personnelle ? Le temps, le rythme de nos esprits s’écoule t-il au même tempo que le temps extérieur ? Ou s’écoule t-il seulement d’ailleurs ?

NDLR : ceci est la récupération éhontée d’un devoir à rendre pour la fac : « rédaction d’un article critique autour d’un auteur contemporain » (content pour rien, comptant pour rien 🙂 ) D’où les effets de manches style : « Saisir le flot des mots tus », je ne vous le referai pas à chaque  fois 🙂

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