Saint John d’Orange – Basile Szymanski

Ce livre fait partie des petites pépites inaperçues que l’on découvre parfois au cercle littéraire… Un auteur que l’on ne connait pas et pour cause, il est jeune et il s’agit de sa première publication papier. Il est aussi musicien. Il fait de la musique pop et v’là un lien vers sa chaîne YouTube ou encore un lien vers une interview ping-pong.

Quel rapport entre cette musique et les obsédés textuels ? Eh ben il se trouve que Basile Szymanski a aussi écrit un livre que Sylvain nous a présenté. Et Sylvain a tenu à préciser qu’il ne nous le présentait pas parce que c’est un ami à lui qui l’avait écrit mais parce qu’il avait aimé le livre.
A nous de nous former notre opinion sur ce petit ouvrage donc. Ca se lit très vite. Pour ma part, c’est chose faite et je partage largement son enthousiasme.

Bon, entrons dans le vif du sujet. Le livre a été publié en décembre 2013. Il y a donc à peu près trois mois de ça.
Oserais-je dire que la maison d’édition, qui a le mérite de l’avoir publié (reconnaissons-le), n’aide pas spécialement son auteur ?… A l’heure actuelle, lorsqu’on googlise (que ce néologisme est moche !… mais puisqu’il existe et qu’il évite une périphrase tout aussi moche, soyons fous : utilisons-le…) « Basile Szymanski », le premier ou le deuxième lien sur lequel on tombe est un lien de sa maison d’édition donc. On clique. Brève bio de l’auteur puis on peut lire dans la rubrique « Evénements » :
(C’est du copié-collé, c’est véridique, j’ai même une capture d’écran datée à l’appuie…)

____________________________________________________________________________________________________

Rencontre avec Blaise Szymanski autour de son ouvrage Saint-John d’Orange à L’Espace Harmattan à partir de 19h

Rencontre-signature  le 19 décembre 2014

____________________________________________________________________________________________________

  • « Blaise » ?…
    (C’est quoi ce bordel, le gars s’amuse à changer de nom toutes les 5 minutes ou quoi ma parole ?)
  • « 2014 » !?!…

Bedos>De deux choses l’une, soit chez L’Harmattan, ils mettent trois plombes à faire la promo de leurs auteurs (genre 1 an après la bataille), soit j’en connais un qui a de bonnes chances de s’être sérieusement ennuyé (restons polis…) le 19 décembre 2013 aux alentours de 19h…
Dans tous les cas, Mesdames et Messieurs de la com’ de chez L’Harmattan qui ne me lirez probablement pas, un petit conseil : revoyez vos stratégies de communication/marketing/appelez-ça-comme-vous-voulez-j’en-sais-rien-moi parce qu’on a déjà vu mieux quand même…Bedos>

<parenthèse devinette>

9782343009865r

Quel est le point commun entre Mick Jagger et le Dalaï Lama ?

(Suspens !…)

Réponse : Saint-John d’Orange.

Pourquoi ?
Vous connaissez non pas la réponse mais ma réponse : lisez le livre et vous le saurez…

</parenthèse devinette>

Bon, après cette double parenthèse, retour à nos moutons. Le bouquin en lui-même.

Le roman met en scène deux personnages : Saint-John d’Orange et le narrateur lui-même. Deux personnages qui suivent des trajectoires opposées. L’un est puissant et va dégringoler de ses hautes sphères alors que l’autre va progressivement gagner en puissance. Après la Saint Glin-Glin, le Cercle Littéraire vous présente son pendant Funky : Saint-John est un saint donc, mais c’est un peu « le saint bling-bling dolce vita represent« , dixit Sylvain… Spirituel mais matériel le Saint-John !

C’est un mélange d’humour, de poésie, de réflexion. Avec quelque chose d’incisif (c’est positif, hein…), difficile à expliquer… Ca fait assez fable ou parabole aussi. Et puis toutes ces images qui nous sautent aux yeux au fil des phrases, ça foisonne…
Et puis la segmentation du texte, des chapitres avec des sous-chapitres, ça fait un peu parodie des psaumes bibliques… Sous certains aspects, ça relève aussi du conte. Drôle et intelligent donc. Sans compter la foultitude de références littéraires que j’y ai trouvé… Ca a un peu été une petite chasse au(x) trésor(s), cette lecture…
Pour Sylvain, c’est du Petit Prince sous champignons. J’ajouterais que c’est à mi-chemin entre ça, oui, et du Boris Vian complètement barré comme dans L’écume des jours. Complètement loufoque, complètement surréaliste.

« 5. Mick Jagger, le Dalaï-Lama et moi

III

Les tas de sel ne faisaient même pas d’ombre. La peinture commençait à s’évaporer, parce que la température avait atteint 70 degrés. Ca s’est mis à me brûler si fort que je me suis jeté dans l’un des tas de sel. C’était dégueulasse, j’en avais dans le nez, dans la bouche, dans les oreilles, et partout sur ma peau le sel s’est accroché. Ca s’est mis à me brûler si fort… j’en avais jusque-là. Ce dont j’avais besoin maintenant, ce n’était plus de courage. C’était de l’héroïsme qu’il me fallait. Alors j’ai essayé de pleurer, mais mes larmes se sont transformées en vapeur, à peine sorties de mes yeux. Ce qui était plutôt drôle, alors j’ai repris un peu de courage. J’ai même décidé de continuer en marchant sur les mains — parce que c’était plus élégant.
A ce moment-là un cirque est passé un peu plus loin, un cirque italien. Le chef de ce cirque, c’était un garçon assez jeune, qui portait une tête de koala et un costume impeccable, comme beaucoup d’italiens vous me direz. Allant vers le plus urgent, je lui demandais immédiatement :
« Est-ce que tu te sens plus Italien, ou plus Koala ? »
 » 

En un mot, je dirai que c’est… funky ! Bien à sa place donc, ici, au chaud, ce petit bouquin…

Petit extrait lu par Sylvain l’autre jour :

« 10. La Californie de Saint-John

I

Pendant le séjour de Saint-John d’Orange à Los Angeles, les autorités fédérales l’invitèrent à venir s’exprimer dans des quartiers que la drogue rongeait minutieusement, depuis des siècles. Les habitants ne s’y souvenaient même plus d’avoir un jour été sobres : inutile de décrire la tristesse de leurs apparences chaque jour un peu mieux grignotées par la drogue.
On ne pouvait même plus dire qu’ils étaient des pommes avec un ver dedans. De ces pommes il ne restait que le ver.
Ils habitaient néanmoins de belles maisons aux couleurs claires, situées à quelques kilomètres du désert et à égale distance de la mer. Mais personne n’allait plus à la plage et ceux dont les fenêtres donnaient sur les dunes avaient même cloué de larges planches sur leurs volets, pour pouvoir s’adonner au vice sans avoir à soutenir le regard muet des choses environnantes.
Réciproquement, l’océan à son tour était devenu presque invisible. Par moments il arrivait qu’il se tienne là entre les palmiers, comme une culotte bleue. D’autres arbres avaient poussé un peu partout à travers le sable, entre des voitures abandonnées dont parfois les défunts propriétaires se trouvaient encore au volant. Ca et là on trouvait aussi des montagnes de déchets hautes comme des gratte-ciel. Restaient seuls deux endroits d’où l’on pouvait encore observer l’océan : au beau milieu de l’océan, ou depuis la terrasse de l’immeuble où logeait Saint-John.
Un lointain soleil de couleur grise chauffait ce triste spectacle et ses rayons jetaient sur la ville la même pâleur que celle qu’on trouvait parfois à l’aube sur les visages des drogués. Ces derniers avaient tous afflué sur la plage pour écouter Saint-John, qui s’était assis au sommet d’un amoncellement de voitures. A cette époque, il était blond et ne portait que des maillots de bain fleuris.
Il les regarda tous dans les yeux, sans céder ni à la crainte qui lui donnait envie de vomir, ni à la fascination qui lui donnait envie de pleurer des larmes de spectateur, d’esthète et de crocodile.

II

Aux Cocaïnomanes de Beverly Hills, Saint-John parla en ces termes :
« Vous vous droguez pour mettre un peu de romanesque dans le prosaïsme de votre vie. Vous prétendez obtenir un surplus d’intensité. Vous voulez être émus tout le temps. Mais vous êtes des tricheurs. Car il n’y a pas de romanesque sans courage, d’intensité sans vitesse, ni d’émotion sans créativité. »
Les drogués sursautèrent et un lent frisson glacial parcourut le public comme sous l’effet d’une bourrasque. Sous les haillons les cœurs battaient comme un charleston à 140 bpm. Ainsi les Cocaïnomanes de Beverly Hills se mirent en quête de courage, de vitesse et de créativité. »

… et il y aurait tellement plus à dire encore…

x

<Hors-sujet>Requête de dernière minute, Basile, si tu nous lis :
Capture d’écran 2014-02-22 à 04.32.21En tant que fan du Petit Prince…
et étant donné que la réf’ est sortie de la bouche-même de Sylvain,
est-ce que je peux te demander
non pas :

« S’il vous plaît… dessine-moi un mouton ! »

mais :

S’il vous plaît… dessine-moi Saint-John d’Orange avec un maillot de bain fleuri !</Hors-sujet>

x

x

x

NB : Cet article est sponsorisé par le label « Digression ».

« Cette farcisseure, est un peu hors de mon theme. Je m’esgare : mais plustost par licence, que par mesgarde : Mes fantaisies se suyvent : mais par fois c’est de loing : et se regardent, mais d’une veue oblique.[…] J’aime l’alleure poetique, à sauts et à gambades. »

Montaigne, Essais, III, IX

Advertisements

Tu as lu ce livre, donne nous ton avis :)

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s