« La supériorité en nombre est vue comme une hiérarchie » (le concept de minorité vu par Françoise Héritier)

L’extrait suivant est tiré d’un court article de Françoise Héritier, pour L’Atlas des minorités (co-édition Le Monde et La Vie pour des hors-séries très complets et passionnants)

Il m’a permis de comprendre une idée très simple : la notion de majorité n’est pas reliée à un effectif, un nombre d’individus, elle est plutôt une conception, comment dire ?… laissons-la expliquer :

« […] Les minorités statiques sont traitées en esprit de la même manière. La supériorité en nombre est vue comme une hiérarchie et la hiérarchie est connue comme synonyme d’autorité et de pouvoir impliquant réciproquement soumission voire respect. Ce modèle implicite de représentations mentales, où ceux qui « en » minorité constituent une addition de mineurs, se voit clairement dans l’opinion publique dans tous les cas où le clivage n’est pas neutre sur le plan idéologique, tout comme les usages politiques qui peuvent simultanément protéger et discriminer.

Le paradoxe apparent est qu’il n’est pas toujours nécessaire d’appartenir à une minorité statistique pour être traité en mineur. Dans le rapport des sexes, la « valence différentielles des sexes » découlant de celles des générations fait des femmes des cadettes en situation permanente de minorité d’âge, donc d’infériorité, et elles sont représentées sociologiquement de façon explicite comme minorité de groupe parmi d’autres. Or, on l’a dit l’idée hiérarchique de minorité est agissante sur le mode symbolique, avec des conséquences de tous ordres (politiques, économiques, jugements de valeur sur l’incapacité supposée…). Y a t-il plus bel exemple de ce glissement d’une entente du mot « minorité » à l’autre, sans support véritable du nombre ? On pourrait cependant présenter de la même manière le couple colonisateur/colonisé, ou encore « civilisé »/ »sauvage », où le « sauvage » est bien cet enfant qu’il faut éduquer. Et pourtant, le sauvage a aussi une histoire et des enfants qu’il éduque. »

p. 19

atlas(Et sur ce tout dernier point, « le sauvage a une histoire », on repense très fort au discours de Dakar de Sarkozy)

Un texte qui remet en tête le statut d’éternelle mineure de la femme et enfin, surtout je trouve, décrypte un mécanisme intéressant sur notre façon de comprendre l’autre, et sur les forces à l’œuvre dans nos sociétés.

[autre livre, autre article : Là je crois que c’est le moment de lire Simone😉 Le Deuxième sexe, Simone de Beauvoir]

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