» Où est le cul ?  » (Denis Diderot souhaite une bonne rentrée aux artistes)

Un petit texte de Denis, paru en 1767, auquel on ne rajoute rien car il a déjà tout dit.

Petite dédicace depuis l’Auvergne à tous les artistes qui font leur rentrée et à tous les poètes dans l’âme en général 😉

Écrits sur l’art et les artistes / Denis Diderot

L’esquisse et l’œuvre achevéedenis-diderot

 » …Pourquoi un jeune élève, incapable même de faire un tableau médiocre, fait-il une esquisse merveilleuse ? C’est que l’esquisse est l’ouvrage de la chaleur et du génie ; et le tableau, l’ouvrage du travail, de la patience, des longues études, et d’une expérience consommée de l’art. Qui est-ce qui sait, ce que nature même semble ignorer, introduire les formes de l’âge avancé et conserver la vie de la jeunesse ? Un conte vous fera mieux comprendre ce que je pense des esquisses, qu’un long tissu de subtilités métaphysiques. Si vous envoyez ces feuilles à des femmes qui n’aient pas les oreilles faites, avertissez-les d’arrêter là, où de ne lire ce qui suit que quand elles seront seules.

M. de Buffon et M. le président de Brosses ne sont plus jeunes; mais ils l’ont été. Quand ils étaient jeunes, ils se mettaient à table de bonne heure, et y restaient longtemps. Ils aimaient le bon vin, et ils en buvaient beaucoup. Ils aimaient les femmes ;  et quand ils étaient ivres, ils allaient voir des filles. Un soir donc qu’ils étaient chez des filles, et dans le déshabillé d’un lieu de plaisir, le petit président, qui n’est guère plus grand qu’un Liliputien, dévoila à leurs yeux un mérite si étonnant, si prodigieux, si inattendu, que toutes en jetèrent un cri d’admiration. Mais quand on a beaucoup admiré, on réfléchit. Une d’entre elles, après avoir fait en silence plusieurs fois le tour du merveilleux petit président, lui dit :

« Monsieur, voilà qui est beau, il faut en convenir ; mais où est le cul qui poussera cela ? »

Mon ami si l’on vous présente un canevas de comédie ou de tragédie, faites quelques tours autour de l’homme ; et dites-lui, comme la fille de joie au président de Brosses : cela est beau, sans contredit ; mais où est le cul ? Si c’est un projet de finance, demandez toujours où est le cul ? A une ébauche de roman, de harangue, où est le cul ? A une esquisse de tableau, où est le cul ? L’esquisse ne nous attache peut-être si fort que parce qu’étant indéterminée, elle laisse plus de liberté à notre imagination, qui y voit tout ce qui lui plaît. […] »

Salon de 1767, XI, pp. 245-246.

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